• Richard Lecocq

Pourquoi les chansons fake des Cascio ont été supprimées

Dernière mise à jour : 6 juil.

C’est la news post-25 juin qui nous a fait chaud au coeur et qui nous laisse penser que la justice fait son chemin, même si cela prend beaucoup de temps. Les 3 chansons fake présentes sur la compile "Michael" ("Breaking News", "Keep Your Head Up" et "Monster") sont officiellement supprimées des plateformes de streaming et de la vente. Cette décision a été prise alors que le procès qui oppose Sony et l’Estate à Vera Serova n’est pas encore terminé. Alors, pourquoi ce retrait si soudain ?




Les news vont vite, mais derrière chaque fait, il y a une histoire. Et dans le cas de Michael Jackson et des titres posthumes de la compile "Michael" (on préfère ce terme à album tant le disque est décousu...), le récit est souvent complexe.


Chez Sony Music, les comptes repartent à zéro dès 2010 : un contrat mirobolant vient d’être signé avec l’Estate pour produire 10 projets. "Michael" est le premier à voir le jour (après la B.O bizarre de "This Is It", énième best of au mastering lo-cost).


Les frères Cascio font le maximum pour que leurs chansons soient retenues sur un projet officiel, quitte à faire du lobbying auprès du jeune Prince Jackson. Au même moment, au siège new yorkais de Sony Music, les responsables désespèrent de trouver des titres exploitables de Michael Jackson, avec des prises vocales finalisées. Quand les frères Cascio leur proposent les fameux titres litigieux, ils n’y voient que du feu et sautent sur l’occasion, avec l’espoir de construire un projet posthume qui tienne la route. L’Estate et Sony achètent les titres sans analyser leur contenu. Très rapidement, Branca et son équipe se rendent compte de la supercherie, mais ils décident de les conserver et de les placer sur le projet, contre l’avis de John McClain, second gestionnaire de l’Estate, qui préfère miser sur d’autres titres comme" Bue Gangsta" par exemple. Dans sa propriété d’Encino, Katherine Jackson écoute également les fameuses chansons et elle est formelle : ce n’est pas la voix de son fils. Au siège de Sony à New York, on sent que les choses se gâtent et une représentante de l’Estate rend visite aux antennes locales dans plusieurs pays pour s’assurer que les titres sont bien perçus comme des chansons de Michael Jackson. La bombe à retardement est lancée.


Déni et controverse

Quand le premier "single" "Breaking News" est mis en ligne le 08 novembre 2010, la polémique explose et relève de l’inédit : pour la première fois dans l’histoire de la musique, des ayants-droit et une major diffusent des chansons qui ne sont pas interprétées par l’artiste qu’ils sont censés défendre et représenter. Le chanteur de "Breaking News", "Keep Your Head Up" et "Monster" est Jason Malachi, un sosie vocal comme il en existe des milliers.


Les équipes de Sony chargées de gérer la promo se rendent compte de la tromperie : ils ont reçu des morceaux fake et doivent en assurer la distribution et la promotion. On peut lagement leur reprocher de ne pas avoir tapé du poing sur la table et de ne pas s’être retournés contre l'Estate et les producteurs des 3 titres.


Avec le recul, le triste épisode "Michael" n'était qu’une épreuve parmi toutes celles qui ont suivi et qui ont mené au divorce diplomatique entre l’Estate et Sony, depuis que cette dernière a réussi à racheter les parts de Sony / ATV que Michael détenait encore de son vivant. Business is business.


Il y a un peu plus d’un an, Jason Malachi était en contact avec les avocats de Vera Serova. Un appel de feu Howard Weitzman, l’un des avocats de l’Estate, a mis fin à toute démarche entre les deux parties. Depuis, le procès a avancé devant la Cour Suprême et les points marqués par le camp Serova se sont accumulés. Sony a même commencé à évoquer l'hypothèse que ces chansons pouvaient ne pas être interprétées par Michael Jackson - sans jamais l’admettre formellement ou le reconnaître.


Le 24 mai dernier, lors de la dernière audience en date, l’avocat de Sony s'est réfugié - une nouvelle fois de façon bancale - derrière le principe de liberté d’expression et du droit au consommateur d’acheter ou non des chansons vendues sous le nom d’un autre artiste. Sans surprise, cette plaidoirie n’a pas convaincu et a démontré à nouveau à quel point la défense de l’Estate, Sony et des frères Cascio se lézarde.


Le 29 juin, les fans découvrent avec stupéfaction (et bonheur) que les titres ne font plus partie du tracklist original de la compile : exit "Breaking News", "Keep Your Head Up" et "Monster". Gardons une pensée pour 50 Cent qui a réussi à poser sur un titre fake du Roi de la Pop (on lui souhaite de ne pas être dans le déni).


Options et cul-de-sac

Suite à ce retrait surprise, l’Estate a répondu aux questions du propriétaire du site Behind the Mask (anciennement Maximum Jackson) et a déclaré que les chansons ont été supprimées et :

- que cette suppresion n’a rien à voir avec l’authenticité des titres

- qu’il valait mieux les retirer du commerce car elles détournent l’attention des fans, qui feraient mieux de s’intéresser à l’héritage et au vaste catalogue laissé par Michael Jackson.


En fait :

- l'authenticité des titres est un secret de polichinelle : à l’oreille, il est évident que ces titres ne sont pas chantés par Michael Jackson. C’est comme vendre un titre de Vitaa en marquant Barbara Hendricks dessus : l’illusion ne dure même pas une seconde.

- les fans ne demandent qu’à s’intéresser à des choses intéressantes et constructives. Malheureusement, cela fait bien longtemps que les fans ont pris l’Estate en grippe : entre ces 3 chansons fake, la VHS du Bad Tour pressée sur un DVD, les TShirts ignobles et les compiles bancales ("Scream") sans oublier les craies à collectionner (réédition d’"Off the Wall"), le palmarès est aussi long que lourd d’incompétence.


Alors, pourquoi ces titres disparaissent-ils maintenant ?


Option 1 : Sony a préféré donner le point au public (donc la voix des fans) en retirant les chansons, sachant que le procès en cours ne tourne pas en leur faveur.


Option 2 : Quelqu’un a présenté de nouvelles preuves ou éléments qui prouvent que les chansons sont fausses. C’est la thèse qui circule le plus actuellement auprès des personnes proches de l’affaire. Au lieu d’essuyer un échec devant la Cour, l’Estate aurait préféré prendre les devants, sans toutefois effectuer un mea culpa en bonne et due forme.


Dans les deux cas, l’étau se resserrait autour de l’Estate et Sony. Branca et ses sbires se sont tout simplement entêtés à défendre ces chansons depuis le début, quitte à s’embarquer dans une bataille judiciaire complexe et périlleuse contre Vera Serova. Au final, cette sortie de secours trempée de mauvaise foi et de déni, est sans aucun doute l’occasion d’assainir le terrain pour les projets à venir : entre le musical "MJ" voué à tourner à Londres et Paris, la réédition "Thriller 40" et le biopic "Michael" confirmé par Lionsgate, la machine Jackson est en train de se remettre en route, si possible sans faux pas ou énième erreur grossière.


Il ne reste plus qu'à sruveiller les bacs et voir surgir les CD "Michael" réduits à 7 titres certes retouchés mais aux prises vocales authentiques. En espérant que "Behind the Mask" soit également proposé dans sa version originale sur le CD2 de "Thriller 40". À suivre...


Richard Lecocq


PS : concernant le biopic : TJ Jackson a récemment déclaré qu’il souhaite voir un biopic dédié à la famille Jackson voir le jour. Se souvient-il du projet de documentaire empirique consacré à la dynastie Jackson et mené par l’équipe de Sonia Lowe ? Mis à mal par plusieurs membres de la famille pour des questions d’égos, le film est finalement resté dans les cartons. Maigre consolation : les interviews filmées à l’époque ont malgré tout réussi à vivre sur YouTube de façon (trop) confidentielle via la série Jacksonology. Enjoy.


BONUS : Jacksonology, la vidéo



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